Les animaux de Tchernobyl



Après avoir regardé avec passion la mini série produite par HBO consacrée à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (je vous la conseille fortement), je me suis demandé si le retour d’une faune et d’une flore équilibrées pouvait être possible, la zone d’exclusion étant toujours irradiée.


Après m’être renseigné sur la question, j’ai été très étonné d’apprendre qu’en effet, un équilibre naturel était en train de refaire surface depuis quelques années, mais avec des spécificités bien à lui.


Retour sur la catastrophe

Pour les personnes ne sachant pas en quoi consiste la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, il est question d’un accident nucléaire majeur survenu le 26 avril 1986. Il s'agit de la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle, classée au niveau 7 (le plus élevé) de l'échelle internationale des événements nucléaires.


Il est aussi important de rappeler que lorsque je mentionne « zone d’exclusion », ou encore « les zones autour de la centrale nucléaire », j’entends une zone couvrant une superficie de 2600 km irradiés entourant Tchernobyl.


L’origine du problème

Avant toute chose, il est bon de rappeler un petit fait historique. Après l’abandon de la ville de Pripiat par ses habitants, il était strictement interdit d’amener des animaux de compagnie dans les autobus quittant la ville pour un lieu plus sûr. Après la sécurisation et l’évacuation de la zone d’exclusion, des escouades de militaires ont eu comme ordre d’abattre l’entièreté des animaux de la ville et des villages aux alentours. Les animaux pouvant quitter la zone d’exclusion sans trop de difficulté, il était alors critique de les abattre, pour limiter la propagation des radiations se trouvant déjà sur les pauvres bêtes.


Un retour significatif

Pour savoir si les animaux pouvaient survivre suite à la catastrophe, le gouvernement russe a décidé de réintroduire, dans les années 90, quelques chevaux sauvages. C’est aujourd’hui plus d’une centaine d’individus de cette même espèce qui réussissent à y vivre.


Depuis cette réinsertion positive, les scientifiques ont pu constater avec les années que plusieurs autres espèces d’animaux sont venues d’elles-mêmes dans la région. Nous pouvons y compter plusieurs meutes de loups, des ours, des sangliers, des élans, des cerfs et même quelques familles de lynx. Il s’agit d’un retour très positif, selon les zoologistes ukrainiens, puisque cet animal était jusqu’alors en danger d’extinction.


Plusieurs espèces d’oiseaux, de chiens, de chats, de rats et de souris ont aussi élu domicile dans la ville fantôme de Pripiat, située à seulement 3 km de la centrale nucléaire de Tchernobyl, ou encore dans les habitations des petits villages.


Qu’en est-il maintenant ?

Concernant les chiens errants vivant dans la zone d’exclusion, c’est un peu plus de 300 d’entre eux, descendants des chiens qui ont réussi à survivre aux passages des militaires quelques dizaines d’années plus tôt, qui y vivent encore aujourd’hui.


Malgré la survie de plusieurs chiens, la vie dans la zone entourant Tchernobyl et difficile et remplie d’épreuves. Il faut déjà survivre aux rudes hivers ukrainiens, sans de bons abris à leur disposition et aux radiations toujours présentes sur le territoire. Ils doivent également survivre aux maladies que les radiations sur leur fourrure engendrent.


Les chiens de Tchernobyl ont donc une vie assez courte, ils dépassent rarement l’âge de six ans. Toutefois, l’ONG Clean Futures Fund, présente sur place avec trois cliniques vétérinaires sur le territoire, se dit satisfaite du bilan de santé des chiens. Cet organisme prend en charge les chiens pour leur administrer des vaccinations contre la rage, l’hépatite, la maladie du carré ou bien encore le parvovirus. L'équipe stérilise même les chiens pour empêcher un taux anormal d’individu et pouvoir les contrôler et leur offrir les soins nécessaires.

Malgré la vision positive du retour de nombreuses espèces animales, il ne faut pas oublier l’ennemi principal de ceux-ci, c’est-à-dire les radiations. Tout comme sur les humains, les radiations ont de nombreux effets négatifs sur les animaux ayant élu domicile dans les forêts de Tchernobyl, des villes et villages aux alentours. Ils ont notamment plus de difficultés à se reproduire et ont une espérance de vie bien plus courte. De plus, certains scientifiques ont pu remarquer que les cas d’albinismes étaient en augmentation chez quelques espèces d’oiseaux et que certaines espèces d’insectes vivant dans les zones plus irradiées avaient une vie plus courte et une chance accrue d’être infectées par des parasites. Les scientifiques faisant des observations dans la zone d’exclusion ont également remarqué que les oiseaux développaient plus de tumeurs et avaient quelques anomalies physiques comme une déformation mineure du bec. Les volatiles ont toutefois réussi à bien s’adapter et prospérer aux radiations tout comme les insectes et les araignées.


Il est important de rappeler qu’aucun « mutant » n’a été identifié dans les zones entourant la centrale, ce ne sont que des légendes urbaines.

De nos jours, seules quelques modifications infirmes ont été repérées notamment sur les araignées qui ont de la difficulté à tisser des toiles régulières ou encore les grenouilles et les coléoptères qui ont une couleur naturelle plus foncée, probablement pour avoir une résistance accrue aux radiations.


Par contre, dans les années 80, soit quelques mois après l’explosion du quatrième réacteur de la centrale nucléaire, certains animaux de fermes tels que des vaches et des porcs restés sur les lieux environnants seraient nés avec quelques malformations à la naissance, plusieurs tumeurs et des sens en moins tels que l’odorat ou encore la vue.


Les impacts de l'activité humaine

De nos jours, on peut constater une population animale bien plus grande qu’avant la catastrophe nucléaire. Les activités humaines des villes et villages aux alentours et l’exploitation de l’agriculture, de la chasse et des activités forestières seraient les causes principales selon Jim Smith, professeur à l’Université publique de Portsmouth, en Angleterre. Les zones irradiées ne sont toutefois pas des zones saines pour autant, c’est simplement que les causes humaines citées précédemment étaient encore plus néfastes pour la vie sauvage. De plus, la chasse étant totalement interdite dans la zone où les animaux habitent de nos jours, ils peuvent vivre en paix.


Mais aujourd’hui, vivre en paix pour les animaux de Tchernobyl peut être relatif puisqu’en 2018, le nombre de touristes ayant visité le funeste site était de 72 000 personnes. Nous pouvons donc en déduire que le nombre va encore augmenter dans les prochaines années, surtout après la diffusion de la mini série à succès dédiée à la catastrophe.


Les scientifiques craints que la hausse des visiteurs pourrait engendrer de nombreux problèmes pour les animaux et modifier leurs façons de vivre dans leur nouvel habitat, comme il y a une quelques dizaines d’années auparavant. Nous espérons que des mesures de sécurité mise en place pour la faune et la flore de Tchernobyl seront toujours aussi strictes et encadrées, malgré l’attrait touristique toujours en hausse surtout après l’annonce du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a promis la réalisation d’un "corridor vert " pour les touristes.


Pour en savoir plus

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Écrit par Williams Casavant

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