Les animaux au temps de la Guerre

Nous aimons, dans les animaux, de pouvoir les tuer légalement. Dans la guerre aussi, nous aimons d'y pouvoir tuer légalement. Bien entendu, les hommes n'avouent jamais cela.

- Henry de Montherlant


N'utilisant pas la parole comme mode de communication, la peur; la joie ; l'angoisse ; le stress ; la souffrance des animaux passent sous silence. Pourtant, si on prend la peine de les observer, on arrive à discerner des émotions. Par le manque d'empathie des humains, les animaux sont soumis à leur brutalité. Ça a été le cas sur les champs de bataille. Quand les deux hémisphères entrent en guerre, tous, du plus petit au plus grand, sont impliqués. Poissons, rats, animaux de ferme, animaux domestiques, chevaux, mules, dromadaires, singes, souris, rennes, oiseaux et j'en passe subissent ce carnage.


Les chevaux sont dressés pour servir les hommes: devenir leur principal destrier et porter les charges. Des chevaux pris au dépourvu et soudain privés de liberté. Des chevaux pour qui il n'est pas naturel de charger et de se lancer au-devant du danger. Des chevaux qui doivent faire des kilomètres de distance, tantôt dans le froid glacial, tantôt dans la chaleur suffocante. Des chevaux qui doivent combattre le froid sans protection, demeurer souvent immobiles et condamnés à mourir gelés, les naseaux encastrés par la glace. Des chevaux qui doivent subir: chambres à gaz pour les malades; plaies infectées; membres cassés.


Chevaux et mule de la Deuxième Guerre mondiale

Mais quand l'utilisation des chevaux est impossible ou inadaptée , les hommes n'hésitent pas à exploiter à leur guise les animaux adaptés à leur territoires. Sauvages ou domestiques, qu'importe, ils sont là.


Les rennes sont sous la dominance des hommes dans les territoires finlandais. Leur grands sabots concaves en hiver et leurs coussinets remplis de poils font office de raquettes. Des arêtes vives se développent au contour pour facilement adhérer au sol et briser la neige et la glace. Pour un attelage, c'est l'idéal. La liberté des rennes vient de s'achever.


À un autre territoire, un autre animal : les dromadaires d'Afrique du Nord. L'homme a vite fait de remarquer cet animal qui ne se plaint jamais. Leur calvaire commence. Ils serviront d'éclaireurs, ils porteront des tonnes et des tonnes de barils d'essence et d'équipements qui ferait s'effondrer n'importe qui, mais ils n'ont pas le choix, ils subissent, quitte à en mourir de fatigue.


Deuxième Guerre mondiale, 1944

Les éléphants de Birmanie et du Pacifique Sud font d'excellentes bêtes de force. Ils sont idéaux pour déplacer des charges lourdes comme des canons, construire et démolir sous les ordres du cornac (maître) qui les guide en leur donnant des coups de pieds derrière les oreilles. Tout ça sans avoir droit à une pause, bien évidemment.

Deuxième Guerre mondiale

Les civils participent aussi à la guerre en abandonnant leurs chiens aux armées pour qu'ils deviennent ces fameux chiens de guerre. Ces chiens sont entraînés contre leur gré à s'entretuer, à attaquer, à obéir à un nouveau maître, à traquer et à s'immerger dans une guerre. Bref, ils sont offerts pour jouer un rôle dans une cause dont ils ignorent totalement le but. Ces chiens doivent faire entre 41-57 cm au garrot, avoir entre 14 mois et 3 1/2 ans et être en bonne santé. La moitié non admissible sera rejetée et malheur à l'autre moitié, qui, pour la plupart mourront au combat ni vu, ni connu. Les Allemands ne se gênent pas pour faire des combats de chiens pour enrager les plus agressifs et se débarrasser des plus faibles, plus doux. Après leur service, beaucoup de chiens sont euthanasiés et abandonnés.

Chiens de guerre, Première Guerre mondiale

Les Soviètes développent l'atroce idée des chiens suicides. Entraînés à trouver leur nourriture sous les chars d'assaut, ces chiens sont munis de vestes explosives et d'une tige métallique, qui, quand elle frotte le dessous des chars, déclenche une explosion, tuant le chien du même coup. Le chien, en bon toutou obéissant se fait arracher de sa famille, déployer sur les champs de bataille, protéger par des nouveaux maîtres et trahi pour mourir de la façon la plus stupide et lâche des hommes. Tout ça pour devenir un kamikaze malgré lui.

Chiens-bombes, Deuxième Guerre mondiale

Les chiots, nés dans la saison de la guerre, doivent apprendre à vivre avec le vacarme. Ils sont trainés partout où il y a du bruit, pas de place pour les câlineries. Leur mère, forcée d'abandonner ses petits, doit partir pour servir et c'est une scène déchirante qui se déploie sous les regards de soldats insensibles.

Parmi tous ces animaux exploités, les animaux de ferme ne sont pas à exclure. Offert en pâture, ils servent de garde-manger et sont condamnés à respecter leur rôle. Les plus forts, pourquoi pas, sont utilisés pour charrier et déménager les affaires. Par chance, les animaux ont un moment de répit quand les femmes, plus douces que les hommes, s'en chargent, les Land girls, citadines qui partent pour le travail de la ferme. Malheureusement, dans les ravages de la guerre, quand les humains meurent, ces animaux, laissés maintenant à eux-mêmes, finissent eux-aussi par mourir, comme ces vaches en Normandie qui n'ont plus personne pour traire leur pie, ou ces petits porcelets qui, pas longtemps avant, tétaient leur mère désormais morte, tout comme le tableau qui se peint à l'horizon.


Les oiseaux ont aussi été utiles aux hommes, comme les pigeons, facilement dressables, qui servent de messagers et d'espions. Les humains se servent de leur grand appétit pour les rattacher au pigeonnier et en cas de détresse, ils serviront de repas. Sinon, l'observation d'un faucon pèlerin en apprend beaucoup sur le vol en aéronautique. Les oies, elles, enseignent le vol en formation en V, qui permet d'économiser de l'énergie.

Pigeon espion, deuxième guerre mondiale

La guerre a ses moments de tempête, mais aussi de détente. Et durant les bons moments, hommes et animaux s'entraident et se divertissent. Les animaux deviennent des mascottes et on les aime. Ce pourrait être beau, si c'était vrai. Parce qu'une fois l'orage revenu, qui se soucie de ses animaux désormais attaché à l'homme ?




La guerre enfin finie, Gustave le pigeon et ses amis chevaux et chiens de guerre reçoivent une médaille d'honneur. Mais parmi les quelques rescapés, combien d'animaux ont tenu leur rôle jusqu'au bout en arrière et en avant plan, sans broncher et dont nous avons oublié la bravoure… Un rôle essentiel, mais vite oublié. Environ 30 millions d'animaux en tout genre sont morts dans la crise des hommes, par la destruction des forêts, des villes, des villages ; Par le feu, la faim, la fatigue, le froid, la maladie; Par la bêtise humaine.

Stubby, Première guerre mondiale
Mary, 1945
Rex et Thorn

Nous avons toujours le choix d'agir sans violence alors prenons-le.

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Écrit par Alexie Pageau


Source : Radio-canada / Les grands reportages : 39-45 Les animaux dans la guerre.

© 2020 par Magazine Passion animaux

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