La vessie natatoire, qu’est-ce que c’est?


Bien que chaque jour qui passe nous en apprenne un peu plus quant à ces animaux aquatiques intrigants, les poissons sont toujours des bestioles bien méconnues de la population. Peu de personnes pourraient identifier les différences anatomiques et physiologiques de ces bêtes marines qui, encore aujourd’hui, regorgent de secrets même pour les plus fins connaisseurs. Néanmoins, certains organes ont été longuement étudiés chez les poissons afin d’en comprendre leur utilité et leur fonctionnement. C’est le cas de la fameuse vessie natatoire, organe unique et fascinant!


La vessie natatoire est un organe que l’on retrouve chez la plupart des poissons osseux. Chez les espèces qui en possèdent une, on la retrouve dans le cœlome, soit le terme utilisé pour désigner l’abdomen des poissons. Elle est apposée ventralement au rein qui est lui-même situé tout au long de la colonne vertébrale (portion cœlomique).


Cet organe est similaire à une balloune remplie de gaz que le poisson peut gonfler et dégonfler selon ses besoins. Ainsi, il peut se déplacer allègrement de haut en bas dans la colonne d’eau en se servant de sa vessie natatoire! Selon les espèces, cette vessie diffère légèrement d’aspect; elle peut être constituée d’un ou de plusieurs lobes et peut également avoir des formes et une apparence variant selon l’espèce de poisson (membrane de l’organe opaque ou transparente, être lisse ou avoir un pourtour crénelé, etc.) La vessie natatoire demeure toutefois toujours une ‘’grosse balloune remplie de gaz’’.


La vessie natatoire

Cette poche interne peut se remplir de divers types de gaz (dioxygène, dioxyde de carbone, diazote…) et le mélange qu’on y retrouve dépend de l’espèce de poisson, mais également de la profondeur à laquelle ce dernier vit. Étant un organe issu d’une invagination de l’œsophage (système digestif) et qui se développe lors des toutes premières étapes du développement embryonnaire chez le poisson, l’animal peut remplir ou vider le gaz contenu dans sa vessie de différentes façons.


Il existe deux grands types de poissons possédant des vessies natatoires, soit les poissons physostomes et les poissons physoclistes.


Le premier type absorbe de l’air via leur canal pneumatique, canal reliant la vessie natatoire à l’œsophage, afin de remplir leur vessie. Ces poissons peuvent également vider cette dernière rapidement par ce même canal. Ainsi, ils peuvent contrôler le volume de gaz contenu dans leur vessie natatoire simplement par la bouche.


Pour leur part, les poissons physoclistes vont contrôler le gaz contenu dans leur vessie natatoire au moyen de différents processus physiques et chimiques, mais leur vessie n’est plus reliée à leur appareil digestif (le canal pneumatique disparaissant à l’âge adulte chez ces espèces). Leur vessie n’est donc pas remplie uniquement d’air, mais d’un mélange d’air et de différents gaz contenus dans le sang du poisson. Ces spécimens peuvent gérer les échanges de gaz via le réseau de vaisseaux sanguins irriguant la paroi de l’organe.


En outre, chez certains poissons physostomes, la vessie natatoire est utilisée en tant que poumons lorsque le niveau d’oxygène dans l’eau est drastiquement bas, leur permettant ainsi de survivre dans des conditions n’étant pas optimales. C’est le cas, par exemple, chez les Ginglymodi.


Bien qu’on retrouve cet organe chez la plupart des poissons osseux, la majorité des poissons de fond en sont dépourvus puisque ces derniers n’ont pas trop à se déplacer dans la colonne d’eau et vivent, la majorité de leur vie, sur les sols marins. De plus, les poissons cartilagineux, comme les requins et les raies, en sont dépourvus.


Beaucoup d’aquariophiles ont probablement déjà remarqué des problèmes de nage chez leurs pensionnaires aquatiques. Bien qu’il existe une multitude de conditions pouvant affecter la vessie natatoire, il ne faut toutefois pas oublier qu’un problème de nage peut être relié à différentes autres problématiques, comme un problème neurologique, squelettique ou musculaire, qui dans leurs cas n’ont rien à voir avec la vessie natatoire en question. Afin d’établir avec certitude que la vessie natatoire est l’organe problématique, une équipe vétérinaire spécialisée doit effectuer un examen de santé complet chez l’animal.


Concernant les différentes conditions affectant la vessie en particulier, une infection virale, fongique ou bactérienne pourrait provoquer un épaississement de la paroi de l’organe et compromettre la faculté de la vessie à modifier son volume ou à effectuer des échanges gazeux (et donc à bien se vider ou se remplir, comme expliqué précédemment). Outre les causes infectieuses, la présence d’une masse (tumeur ou grossissement d’un organe à proximité) dans la cavité cœlomique du poisson pourrait occasionner un déplacement de la vessie et engendrer une nage erratique ou un animal nageant davantage à la verticale sans capacité de se remettre à l’horizontale. Selon le déplacement exact de la vessie (vers l’avant ou l’arrière dans le cœlome du poisson), le poisson pourrait nager la tête vers le haut ou vers le bas. Un trauma pourrait également occasionner diverses lésions problématiques, voir la perforation de l’organe. En résumé, la vessie natatoire ne peut pas être blâmée d’emblée lorsqu’un poisson semble avoir des difficultés de nage et, même s’il s’agit de l’organe en cause, beaucoup de conditions peuvent affecter cet organe en particulier et demandent toutes des traitements différents et personnalisés.


Pour terminer, bien que cet organe ait principalement une fonction dans la flottabilité et l’équilibre chez nos compagnons à nageoires, il peut également permettre à certains poissons de respirer, mais aussi de communiquer (organe sonore)! Surprenamment, plusieurs téléostéens peuvent faire vibrer leur vessie afin de produire une gamme de sons pour différentes situations (reproduction, signaux de détresse, prédation, etc.) Si un seul petit organe peut avoir autant de fonctions et d’importance dans l’anatomie de nos compagnons marins, il va sans dire que l’océan et ses pensionnaires regorgent sans doute toujours de bien des surprises…


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Écrit par Krystel Lacasse-Aubin

Source : Eric Parmentier, Rui Diogo, « Evolutionary Trends of Swimbladder Sound Mechanisms in Some Teleost Fishes », Fish Communications, no 43,‎ 2005, p. 43-68

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