La pododermatite chez le lapin


Encore méconnu à ce jour en tant que nouvel animal de compagnie, le lapin est un petit mammifère de plus en plus répandu dans les foyers québécois. Le mignon lagomorphe, bien qu’ayant beaucoup de qualités, reste un animal proie demandant une vigilance accrue quant à sa santé générale. L’une des conditions fréquemment observées chez le lapin est la pododermatite. N’ayant pas de coussinets plantaires, contrairement aux chats et aux chiens, le lapin n’a pas de zone d’absorption au niveau de la voute plantaire aussi importante que celle que l’on retrouve chez d’autres animaux, ce qui le rend d’autant plus sensible à cette condition.


Afin de bien gérer cette problématique, il est nécessaire de bien comprendre ce qu’est ladite pododermatite. Cette affection dermique se résume en une inflammation (étant parfois associée à une surinfection) de la peau sous les pattes de l’animal. Il est par ailleurs beaucoup plus courant d’observer ce type d’inflammation au niveau des pattes postérieures. Lors de l’apparition d’une pododermatite, on observe d’abord une dépilation et une rougeur/chaleur sous la face plantaire des pattes, suivie d’ulcérations, de croûtes, voir d’apparition d’abcès, de pu et, dans les pires cas, d’atteintes aux tendons ou aux os.


Les facteurs engendrant la pododermatite sont variés et sa présentation peut également être multifactorielle.


Parmi les causes fréquemment constatées, notons :

  • Un surplus de poids (obésité)

  • Un trauma (causé par un fond de cage dur ou par une surface grillagée par exemple)

  • Un substrat de litière irritant (copeaux de bois résineux par exemple)

  • Des pattes souillées et/ou humides (causées par un manque de toilettage ou une litière souillée par exemple) à noter que cette cause peut accroitre les risques de pododermatite en plus d’augmenter les risques d’infection associée à la condition.


Toutefois, bien que dans la majorité des cas le problème se retrouve parmi les possibilités énoncées jusqu’à maintenant, il peut aussi s’avérer que la cause soit chronique ou qu’une autre condition de santé sous-jacente provoque la pododermatite. Nommons par exemple une condition qui ferait en sorte que l’animal n’a pas une position normale lorsqu’il marche, comme l’arthrose, ou toute autre condition génétique touchant l’ossature qui empêcherait notre petit lapin de se porter adéquatement sur ses quatre pattes de manière naturelle.


Subséquemment, il va de soi de se demander de quelle manière il est possible de prévenir la pododermatite chez nos amis à longues oreilles. D’abord, maintenir un poids santé chez notre animal est primordial. Leur alimentation devrait être variée et composée principalement de foin et de légumes (et fruits à l’occasion). Une petite quantité de moulée de qualité peut être offerte, en quantité limitée, au lapin pour compléter son régime alimentaire, mais demeure facultative. Généralement, entre 1 cuillère à soupe et ¼ de tasse par jour de moulée est amplement suffisant pour un lapin, la quantité dépendant du poids et de l’âge du lapin. Un animal ayant un poids santé permet d’éviter qu’une charge excessive soit portée au niveau de ses pattes, pouvant occasionner différents problèmes de santé, dont la pododermatite. Par la suite, proposer un environnement moelleux (tapis mousse, couvertures, etc.) et adapté à votre compagnon permettra à votre lagomorphe de dépenser son énergie, faire de l’exercice (minimisant les risques d’obésité du même coup) et de pouvoir varier ses positions, ses mouvements et les différentes surfaces sur lesquelles il marchera et bondira gaiement.


Notons d’ailleurs qu’un grand enclos ou une liberté complète dans une chambre ou la maisonnée est l’environnement idéal pour un lapin. Il est répandu à tort qu’une petite cage est adaptée pour cet animal demandant pourtant plusieurs heures par jour d’activité pour maintenir une bonne santé physique et psychologique. Il faut à tout prix éviter la sédentarité chez votre compagnon. Dans le même ordre d’idées, opter pour une cage à fond grillagé est très abrasif pour les pattes et n’est donc pas recommandé pour diverses raisons. Enfin, le choix d’un substrat de litière non toxique et non irritant permet également de prévenir l’apparition d’une pododermatite. Il n’est donc pas recommandé d’utiliser de litière de bois résineux (qui libèrent des phénols toxiques au contact de l’urine) ni de ripe de bois ou de litière pour chat, ces deux dernières pour des raisons de poussière pouvant occasionner des problèmes respiratoires. Un substrat de papier recyclé non poussiéreux ou de granules de bois franc sera plus adapté aux besoins du lapin et de ses pattes. Il va sans dire que de nettoyer fréquemment le bac à litière et de conserver un habitat propre pour votre acolyte permettra de conserver ses pattes au sec et d’ainsi minimiser, encore une fois, les risques de développer une pododermatite.


D’autre part, si votre partenaire aux longues oreilles développe tout de même cette condition, il vous faudra vous armer de patience et de constance quant au traitement. Une visite chez votre vétérinaire s’imposera afin de poser correctement un diagnostic et d’adapter le traitement selon les besoins de votre compagnon pour ainsi traiter efficacement le problème et éviter toute aggravation. Votre vétérinaire vous prescrira un traitement adapté à la sévérité de la pododermatite de votre lapin. Un traitement local (comme une crème) est souvent débuté et certains vétérinaires suggèreront l’usage de l’hydrothérapie, technique par laquelle de l’eau est appliquée sur les plaies afin de favoriser la guérison des lésions. D’autres traitements pourraient être recommandés selon la sévérité de la pododermatite (exemple : antibiotique par voie orale, anti douleur, débridement de plaie, petites bottes pour les pattes, etc.) Votre équipe vétérinaire pourra également vous aider à cerner avec vous la cause du problème et vous orienter vers des pistes de solution. À noter qu’il n’est jamais recommandé de traiter vous-mêmes les lésions de votre animal sans l’avis de votre équipe vétérinaire, au risque d’aggraver la situation. Parfois, une modification de l’environnement général ou une perte de poids sera nécessaire, conjointement au traitement médical, afin de guérir la pododermatite.


Il est aussi essentiel de mentionner que, lorsque perdus, les poils au niveau des talons du lapin ne repousseront pas entièrement à l’endroit où les lésions se retrouvaient. Il est donc important de vérifier fréquemment, à toutes les coupes de griffes par exemple, que les talons de votre compagnon n’ont pas de nouvelles lésions et que la peau demeure saine même après avoir réussi à guérir une première pododermatite. Il ne faut d’ailleurs jamais raser ou tailler les poils sous les pattes de votre lapin, sauf pour raison médicale et sous recommandation vétérinaire.


Quoi qu’il en soit, bien que la pododermatite soit une condition bien connue dans le milieu vétérinaire, elle est tout de même importante à traiter pour éviter tout risque de complications pouvant s’avérer catastrophiques sans traitement adapté. Votre équipe vétérinaire sera toujours la meilleure référence pour vous aider avec les petits et gros problèmes de votre compagnon à pompon!

---------------------------- Écrit par Krystel Lacasse-Aubin Technicienne en santé animale

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