Facture salée et préjugés

Mis à jour : juin 29


Écrit par : Marie-Douce Bélanger

L'Amie des animaux défavorisés du Québec


Avant de se demander pourquoi des gens n’arrivent pas à payer eux-mêmes certains soins vétérinaires, il convient de déterminer pourquoi ils ont un animal.


Il nous semble parfois que l’humain n’est qu’un esclave au service de ses animaux, uniquement destiné à les loger, les nourrir et ramasser leurs besoins. En réalité, il s’avère étonnant de constater à quel point les animaux aident leurs maîtres au quotidien, et pas seulement via la zoothérapie. Plusieurs animaux qui ne sont pas dits « thérapeutiques » ont le même effet, en raison du lien social et affectif unissant humain et animal. Le docteur Geoffrey Da Costa affirme qu’à l’incompréhension des scientifiques, les animaux admis dans les établissements de soins et de retraite contribuent à la réduction de la consommation de médicaments chez les patients et résidents.¹ Il ajoute, parlant du chat, que « Sa fonction, qui était d'empêcher le chaos, est maintenant d'en mettre dans nos vies plates ». Selon notre situation, vivre avec un animal brise l’isolement, offre une relation de confiance et d’amour inconditionnel, et permet à un enfant d’avoir un ami sur qui compter… L’animal fait partie intégrante du quotidien. Il ne suffit pas de remplir sa gamelle : il faut l’éduquer, le stimuler, jouer, lui offrir de l’affection et, bien sûr, veiller à sa santé. Il devient un membre de la famille.

Plusieurs exemples illustrent ce lien. Chatoune (nom fictif) surveillait sa maîtresse souffrant d’apnée du sommeil et la réveillait lorsque cette dernière cessait de respirer. Pourtant, la chatte n’avait aucune « formation », elle était simplement attachée à sa maîtresse. Quant aux personnes en situation d’itinérance, plusieurs n’ont pas de famille, pas d’amis… Leur animal est leur seul compagnon, leur seul ami qui ne les laissera jamais tomber. Ils se privent pour faire passer les besoins de leur animal en priorité. Un homme grelotte sur un banc en hiver pendant que son chien porte manteau, chaussons et sac de couchage. Lucas (nom fictif) cesse de consommer de la drogue quand son chien entre dans sa vie, car « il doit être responsable pour lui ». Un autre dort à l’extérieur, car le chaton trouvé abandonné dans un sac, dissimulé dans les buissons, ne peut entrer dans le dortoir. Sans oublier Félix (nom fictif) qui vit désormais dans la rue après avoir investi toutes ses économies pour sauver sa chienne. Allez au-delà des apparences et discutez avec ces personnes. Vous deviendrez le témoin de magnifiques et émouvantes histoires.

Alors, dans un contexte où un animal se montre aussi indispensable, comment le Québec peut-il détenir le record d’abandons en Amérique du Nord, avec un animal sur quatre abandonné chaque jour³? On parle d’environ 500 000 animaux au Québec, dont près de 50 000 dans la région de Montréal⁴. Plusieurs abandons, ou cas considérés de négligence s’expliquent en raison de l’impossibilité pour certains d’assumer les frais vétérinaires. En 2013, on comptait près de 400 000 chats et chiens à Montréal, et plus de 2,5 millions au Québec⁵. Sans oublier les rongeurs et les oiseaux qui occupent plusieurs foyers. La majorité des gens parviennent aisément à subvenir aux besoins de leur animal, mais plusieurs personnes vivent une situation de précarité : itinérance, aide sociale, étudiants, employés à temps partiel…

Une imagerie par résonnance magnétique peut coûter autour de 800 dollars. Une chirurgie pour une patte se chiffre en plusieurs milliers de dollars. Une simple stérilisation avoisine les 300 dollars avec les vaccins nécessaires, ce qui explique d’ailleurs que seulement 68 % des gens catégorisés comme inactifs font stériliser leur animal⁶. Sans compter le prix de la consultation, des autres tests, des médicaments… Il arrive fréquemment que des gens doivent faire face à une facture de plusieurs centaines, voire de milliers de dollars. Il suffit de constater le nombre de campagnes de sociofinancement liées aux soins médicaux d’animaux pour se rendre compte de l’importance du problème.


Plusieurs personnes pourraient payer les soins vétérinaires en plusieurs versements, mais comme les gens à faible revenu sont rejetés par le crédit, ils se retrouvent à devoir payer l’intégralité de la facture d’un seul coup. Même un employé temps plein ne peut défrayer 3000$ illico, mais son emploi lui permettra d’accéder au crédit, contrairement aux plus démunis. Dans ce contexte, plusieurs maîtres n’arrivent pas à assumer les frais. Il en résulte malheureusement – au mieux! – un abandon dans un refuge assumant les frais avant de placer l’animal en adoption, ou au pire, une euthanasie. Selon madame Côté, technicienne en santé animale, plusieurs exemples d’ailleurs illustrent que le Québec a beaucoup de progrès à faire pour la cause animale. Les gens n’ont pas de ressources vers lesquelles se tourner alors que la demande est forte. Elle insiste sur la joie de sauver un animal, de le voir rentrer à la maison, remuant la queue en signe de reconnaissance.

Pour certains, il est gênant de demander de l’aide à de purs inconnus. Ils y songent, puis abandonnent en voyant ce qui arrive à d’autres qui osent le faire : le mur des préjugés. « Sans argent, pas d’animal ». En réalité, nul ne peut échapper aux soucis financiers pour toujours. Ces personnes, bien souvent, travaillaient et joignaient facilement les deux bouts. Mais des soucis arrivent vite. Perte de travail, maladie… Alors que les revenus diminuent, les frais restent les mêmes, ce qui les empêche de payer la facture du vétérinaire.


La question n’est donc pas « devraient-ils avoir un animal de compagnie ou non ». Nous laissons à tous et chacun le soin de trouver sa propre réponse à ce débat. Posons-nous la question suivante : Un animal devrait-il, privé de soins, souffrir et mourir parce qu’on désapprouve la volonté de son maître d’en avoir un ? Poser la question, c’est y répondre… Une situation précaire temporaire ne justifie pas un abandon, surtout quand on connaît le nombre d’euthanasies qui en résulte. Faisons en sorte que la santé des animaux devienne une priorité. Que chaque vie compte.


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¹. Allard, Marie. (2016). Les chats, ces incompris. Repéré à http://www.lapresse.ca/vivre/animaux/201610/21/01-5032922-les-chats-ces-incompris.php


². Ibid.


³. Action citoyenne responsable pour les animaux de compagnie au Québec. (2015). Abandon : Constat de la honte. Repéré à http://acracq.com/abandon.html


⁴. Vallet, Stéphanie. (2014). Petites bêtes : Un sondage qui fait réfléchir. Repéré à http://plus.lapresse.ca/screens/40cd-d3f4-5318e1a2-8d0c-64ceac1c606d%7C_0.html


. Stérilisation animale Québec. (2013). Le Québec compte désormais plus de 2,5 millions de chats et de chiens. Repéré à http://www.sterilisationanimalequebec.info/statistiques/il-y-maintenant-plus-de-2-5-millions-de-chats-et-de-chiens-au-quebec/


⁶. Ibid

© 2020 par Magazine Passion animaux

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