Entrevue avec Julie Lebel et Éric Bégin, photographes animaliers

Mis à jour : juin 29

Entrevue avec Julie Lebel et Éric Bégin. Photographes animaliers spécialisés dans la faune nord- américaine.

Texte et entrevue par Geneviève LeSieur photographe



RENCONTRE AVEC LES LOUPS

Julie et Éric, dites-moi tout d’abord d’où vient votre passion pour la photographie animalière ?


Julie :

Suite à un accident, il y a une dizaine d’années, j’ai dû cesser toute activité physique. Après une période difficile, c’est arrivé de façon naturelle. Je pratiquais déjà la photographie et je suis également une amoureuse de la nature. La combinaison des deux me parut très attrayante. Éric s’est joint à mes randonnées et au fil du temps il a développé une véritable flamme pour l’observation de la faune et la photo. Nous partageons maintenant cette passion !


Vous avez cumulé quelques expéditions photographiques dans les dernières années. Parlez-moi de celle qui vous a permis de réaliser un de vos rêves, rencontrer des loups.


Éric :

Une expédition du genre demande une grande organisation. Nous privilégions les expéditions privées et bien sûr avec des guides expérimentés qui savent interagir avec les animaux sans les perturber.


Julie :

Nous voilà donc en direction de la forêt pluviale du Grand- Ours (Colombie-Britannique). Le campement se situe à plus de cinq vols d’avion et quatre heures de bateau.


Pouvez-vous me décrire les lieux lors de votre arrivée ?

Julie : Nous savons que nous sommes sur une île, mais c’est le soir et avec le brouillard, on ne voyait absolument rien ! Munis de nos lampes frontales, vêtus de nos salopettes imperméables, nous débarquions dans l’eau jusqu’à la taille à la recherche de nos cabines. Ce sont en fait de petites maisons flottantes, dans lesquelles nous vivrons les sept prochains jours. L’espace est restreint, mais l’essentiel y est !


Éric :

Il s’agit d’un habitat extrêmement sauvage, il n’y a aucune route, aucune infrastructure, aucun signal, aucune présence humaine à part nous. C’est un milieu protégé et l’important est que lorsque nous quitterons les lieux, il ne restera aucune trace de notre passage, d’où l’utilité des bâtiments flottants.


Comment se déroulent les journées suivantes ?

Julie : Le réveil se fait en fonction des marées, souvent très tôt le matin, c’est à ce moment que la faune est la plus abondante. On doit se rendre à l’aube à un lieu de chasse ou de pêche prisé par les animaux. Donc on déjeune, on s’habille (salopettes, bottes et compagnie), on emballe le matériel et on part pour ne revenir parfois que vers 21h !


Éric :

Notre campement est situé à environ 1,5 km de marche des lieux où les loups ont été observés. Un guide part en repérage tandis qu’un autre reste avec nous afin d’assurer la sécurité et nous sommes également accompagnés d’un pisteur. Nous restons en peloton serré, calmes et silencieux. On ne sait jamais quand un événement extraordinaire peut se produire. Malgré les conditions de terrain difficiles, ma caméra est toujours prête à mon épaule.



La nature étant ce qu’elle est, il y a certainement de longues heures d’attente avant de pouvoir faire une observation intéressante ?

Julie :

La patience est de mise, une journée peut se résumer en une douzaine d’heures d’observation et parfois on ne voit pas le bout d’un museau.

Mais, au-delà de revenir à la maison avec une belle photo, ce que nous recherchons le plus est d’avoir un contact avec l’animal. Être dans son habitat naturel en tant que spectateur, qu’il nous ouvre la porte sur quelques instants de sa vie... et qu’il t’accepte avec lui. Quand ce moment arrive, tu te dis, wow... il y a encore des endroits comme ça qui existent !



Cette attente fut récompensée. Comment s’est passée votre rencontre avec les loups ?

Éric :

C’est après plusieurs jours d’observation et de marche que nous avons eu un premier contact. Nous ne voulions pas céder au découragement, mais la fin de notre séjour approchait !

Puis, nous étions assis dans une rivière quand soudainement, trois loups sont sortis de la forêt pour se diriger droit vers nous. Ils semblaient heureux de nous voir et couraient vers nous la queue en l’air !


Julie :

Ils étaient nerveux, mais la curiosité l’a emporté. Je suis restée figée, bouleversée par ce moment incroyable que je vivais. Par crainte de les faire fuir, je n’ai pas osé bouger. J’ai pris plusieurs minutes pour me ressaisir, puis j’ai tranquillement commencé à les photographier. Je réalisais un rêve de longue date. Éric et moi on a les loups dans le cœur !



N’est-ce pas exceptionnel pour les loups d’être aussi familiers ? Parlez-moi un peu de cette espèce.

Julie et Éric : Il s’agit du loup côtier. C’est un loup de petit gabarit qui vit dans un habitat unique et qui a développé plusieurs aptitudes liées à son milieu de vie. Entre autres, il vit principalement de la pêche plutôt que de la chasse. La mère apprend d’ailleurs à ses louveteaux à attraper le poisson ! Il peut nager de très grandes distances lui permettant de passer d’une île à l’autre. Et surtout, il occupe un territoire où il n’est pas chassé, il est donc plus facile d’établir un lien de confiance.



Parlons photo. Quelles sont vos attentes professionnelles lorsque vous effectuez un voyage de ce type ?

Éric : Premièrement, il s’agit d’un contexte excessivement difficile. Mon sac avec mon équipement quotidien pesait environ cinquante livres tandis que celui de Julie devait peser une vingtaine de livres. Il pleut, il fait froid, on s’enfonce dans la vase à chaque pas, et ça, c’est quand on n’a pas de l’eau à la taille... On a des images en tête, mais il faut être conscient que pour réussir une image parfaite tous ces éléments doivent être réunis : l’expression de l’animal, l’angle, la lumière, le décor. Malgré les quelques expéditions que j’ai effectuées, je n’ai pas encore réussi à capter les images que je souhaiterais avoir. L’expédition décrite ici se résume en sept jours d’observation pour environ 1h30 de contact, il faut donc avoir aussi un peu de chance pour que toutes les conditions soient favorables à ce moment précis.


Vous est-il arrivé un incident lors d’une expédition ?


Julie : On pourrait croire qu’après avoir côtoyé les grizzlys et les loups de si près un incident grave aurait pu se produire, mais le seul que je peux vous raconter est celui-ci : je suis tombée tête première dans une rivière et bien sûr l’appareil a suivi... Je venais de noyer beaucoup de dollars ! Depuis ce temps, lors des marches, mon équipement demeure toujours dans mon sac.


En terminant, quels sont vos objectifs futurs ?

Éric : D’autres expéditions, d’autres rencontres et... peut-être un livre !



QUESTIONS EN RAFALE :

La fois où vous avez eu le plus peur :

Julie et Éric : Quand un énorme ours s’est approché un peu trop près de nous. Nous avons vécu cette situation chacun de notre côté mais nous avons eu la même impression de nous sentir vraiment petit...



Ce que tu aimes le plus capter :

Julie : Les scènes comportementales, les mamans avec leurs bébés.


Éric : Quand les animaux font abstraction de ma présence, j’ai l’impression de fusionner avec la nature.




Le palmarès de vos expéditions :

Julie:

  1. Loups costal (pour l’amour des loups)

  2. Hallo Bay Maman avec ses petits Kodiak

  3. Kinay Bay Alaska ours Kodiak

Éric:

  1. Kinak - Alaska Ours Kodiak

  2. Hallo Bay - Alaska - Ours Kodiak et loup gris

  3. Les loups costal dernier voyage

Photos : courtoisie de Julie Lebel et Éric Bégin (julieericwildlifenature.com)



© 2020 par Magazine Passion animaux

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