Démystifier l’incroyable requin!


Connus à tort comme étant de redoutables mangeurs d’hommes ou des poissons aux facultés cognitives primitives, plusieurs mythes entourent les requins et ternissent leur réputation. Élasmobranches de plus en plus étudiés à travers le monde, ces poissons sont encore bien méconnus à ce jour et injustement mal aimés par le grand public. En effet, ces bêtes aquatiques sont bien plus pacifiques et diversifiées qu’on ne pourrait le croire. Démystifions ces attrayants poissons!





D’abord, les requins sont des animaux que l’on compte parmi les élasmobranches, soit une sous-classe des poissons cartilagineux. Ils partagent ce titre aux côtés des raies, autre poisson fort intéressant! Ce que l’on entend par "poisson cartilagineux" est que les requins n’ont globalement pas d’ossification endochondrale, ainsi leur squelette est majoritairement constitué de cartilage.


Du requin roussette au requin-baleine, passant par l’impressionnant requin blanc, les requins comptent parmi eux plus de 500 espèces! Certaines espèces étant toutefois, malheureusement, éteintes à ce jour. Bien qu’ayant toutes des caractéristiques très similaires, chaque espèce s’est brillamment adaptée à son environnement de par son apparence générale (couleur, grandeur, nage…), mais également en adaptant leurs différents comportements. D’ailleurs, il est possible de retrouver les requins dans toutes les mers et océans du monde, outre l’océan Antarctique. Certaines espèces peuvent même visiter des milieux peu salés, voire même constitués d’eau douce, comme les fleuves et les rivières.


En conséquence, un animal avec une capacité d’adaptation aussi impressionnante doit assurément être doté de plusieurs caractéristiques physiques exceptionnelles; notons parmi celles-ci des différences anatomiques marquantes les différenciant grandement de leurs congénères téléostéens (poissons osseux). Voici quelques-unes de ces différences.

  • Les élasmobranches ne possèdent pas de vessie natatoire, soit un organe présent chez la majorité des poissons afin de contrôler leur flottabilité (voir ici). Ainsi, les requins doivent constamment nager, et ce même en dormant, afin d’éviter de caler au fond de l’eau. Certaines espèces vivent toutefois naturellement très près des fonds marins en tout temps. Mentionnons également que certains requins doivent nager continuellement afin de pouvoir respirer, alors que d’autres sont dotés de spiracles (trou se situant entre l’œil et la première fente branchiale) pour respirer et acheminer un flux constant d’eau jusqu’à leurs branchies, même lorsqu’ils sont immobiles. Les raies sont également dotées de spiracles.


  • Le foie des requins représente jusqu’à 25% de leur poids, il s’agit de l’organe faisant office de réserve énergétique, mais il leur permet également de pallier au manque de vessie natatoire et d’atteindre une certaine stabilité lors de la nage grâce à l’huile qu’il contient, le scalène.


  • Il est possible de reconnaitre les mâles chez les requins simplement par la présence des ptérygopodes. Les mâles sont dotés de deux ptérygopodes, de part et d’autre de l’orifice uro-génital, tandis que les femelles en sont simplement dépourvues. Les mâles se servent de cet organe afin de transmettre le sperme à la femelle. Toutefois, il faut noter que plusieurs cas de reproduction par parthénogenèse ont également été rapportés chez certaines espèces de requins, soit une reproduction sans accouplement (femelle seule)! La reproduction n’est d’ailleurs pas la seule étape comportant des variantes chez les requins, le développement des embryons varie lui aussi selon les diverses espèces. Oviparité, viviparité et ovoviviparité sont toutes des stratégies de développement embryonnaires observées chez les requins.


  • Les requins ont une denture polyphyodonte, c’est-à-dire qu’ils auront des dents renouvelées en permanence tout au long de leur vie. En effet, ces derniers possèdent plusieurs rangées de dents, mais n’utilisent que la première et celles de derrière sont des dents de remplacement si celles de la première rangée tombent ou se retrouvent endommagées. Leurs dents peuvent d’ailleurs avoir plusieurs formes selon les différentes espèces.


  • Les poissons cartilagineux possèdent également des ampoules de Lorenzini. Il s’agit d’un organe sensoriel, situé au niveau du visage, qui leur permet de détecter les champs électromagnétiques et les différents gradients de température. Il s’agit en fait de petits canaux remplis de gelée électroconductrice s’ouvrant au niveau des pores de la peau. On peut d’ailleurs bien les observer, comme étant de petits trous, sous le bout du museau et au niveau du visage des requins. Il est d’ailleurs possible, en flattant ces capteurs sensoriels, de faire entrer les requins en état d’immobilité tonique (catalepsie), soit une sorte d’état de transe pendant laquelle le requin ne réagit plus aux stimuli externes. Cet état peut être utilisé à des fins médicales lors de la manipulation de requins en captivité, mais est également utilisé naturellement par certaines espèces de requins. Par exemple lors d’un accouplement ou comme état de défense (si l’animal se sent en danger).


  • La peau du requin est rugueuse (plus ou moins selon l’espèce) puisqu’elle est recouverte de denticules cutanés abrasifs, soit d’écailles qui prennent origine dans le derme et l’épiderme du requin. La forme de ces denticules est diverse; les écailles peuvent être placoïdes, élasmoïdes ou encore ganoïdes (toutes étant de formes et d’aspects différents).

Tout bien considéré, les requins ont plusieurs particularités les différenciant bien des autres poissons, mais leurs différents sens font également l’objet de tout l’intérêt leur étant porté. En effet, l’odorat des requins est très bien développé, de même que sa vision. Leurs yeux sont d’ailleurs dotés d’un tapetum choroïdien, soit un tissu dans leur œil facilitant la vision aquatique, mais réfléchissant également la lumière, leur permettant ainsi de mieux voir lorsqu’ils naviguent ou chassent à la noirceur. Finalement, il ne faut pas oublier que le sens du toucher est aussi primordial chez le requin. N’ayant pas de mains comme les humains afin de saisir, d’agripper ou d’explorer les éléments de son environnement, les requins utilisent leur gueule afin de satisfaire cette action de préhension. Ainsi, il n’est pas rare de voir un requin mordre, sans agressivité, des caméras ou appareils photo de plongeurs afin de satisfaire leur curiosité et de tenter de comprendre de quoi il s’agit.





Dans le même ordre d’idées, beaucoup "d’attaques de grands requins" sur des surfeurs n’ont en fait été constituées que d’une unique morsure; beaucoup d’éthologues s’entendent sur le fait que la silhouette des surfeurs sur une planche ressemble véritablement à plusieurs proies naturelles des requins (phoques, tortues…) et que la morsure unique s’est avérée n’être qu’un animal s’étant m’épris sur l’objet de prédation.


Ainsi donc, bien que les requins soient généralement perçus comme de sanguinaires super-prédateurs, beaucoup d’espèces sont en fait des poissons bien pacifiques et simplement curieux. Ces animaux nourrissant notre imaginaire depuis toujours ont assurément bien des caractéristiques à nous faire rêver et qui sait ce qu’ils nous cachent encore!

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Écrit par Krystel Lacasse-Aubin

Technicienne en santé animale

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