Cruauté animale au Zoo de Falardeau

Mis à jour : juin 29


Écrit par : Mel-Lyna Cadieux


Animaux morts de froid, séjours interminables en cage, longs délais pour soigner les bêtes, clients et employés blessés, surexploitation commerciale des bébés, mensonges aux clients… telle est décrite la réalité du Zoo de Falardeau par d'ex employés s'étant confiés mercredi au journal Le Quotidien.


Une dizaine d’ex-employées du Zoo de Falardeau, au Saguenay, qui ont demandé de conserver l’anonymat, accusent le propriétaire, Daniel Gagnon, de cruauté envers les animaux. Des signalements à la Protection de la faune et deux plaintes à la Sûreté du Québec ont été effectués au cours des dernières semaines. Selon les témoignages de ces ex-employées, plusieurs animaux se trouveraient dans de piètres conditions et mourraient régulièrement par manque de soins.


Sept personnes, qui ont travaillé entre 2012 et 2020 au Zoo de Falardeau, ont raconté leur expérience au journal Le Quotidien. Des histoires qui paraissent « pires que celles du Zoo de Saint-Édouard », où le propriétaire a été récemment accusé de cruauté envers les animaux, disent-elles.


« Un cacatoès, un oiseau exotique, dans une grange à -40 [degrés Celsius], pas de chaleur ; qu’est-ce que vous pensez que ça donne ? On l’a retrouvé mort gelé », raconte une ex-employée, qui dit avoir été témoin de cet événement en janvier 2015.

Une grange aurait aussi accueilli des autruches en plein hiver, alors que, selon la loi, les animaux exotiques en captivité doivent retrouver les mêmes conditions que dans leur habitat d’origine.


Toujours selon les témoignages recueillis, les animaux morts gelés, il y en a eu d’autres, dont un dromadaire qui aurait été déplacé dans l’enclos extérieur de la savane, car il mordait les gens dans la petite ferme. Il y aurait aussi eu une chèvre nouvellement née, retrouvée gelée par une employée. Deux événements survenus entre 2016 et 2017.


« On disait à Daniel que la chèvre qui se trouvait dans la petite ferme extérieure allait bientôt mettre bas et qu’il fallait la faire entrer. Il ne faisait rien. On a retrouvé le bébé chèvre gelé le lendemain. Pour moi, ç’a été la goutte de trop », témoigne une employée, qui ne digère toujours pas la façon dont le propriétaire traiterait les animaux.


Manque de soins

Plusieurs grands félins seraient aussi morts dans les dernières années par manque de soins. Des gens non compétents auraient aussi fait des interventions médicales et chirurgicales. Par exemple, des employées sans formation spécifique, qui n’ont souvent qu’un secondaire 5, auraient euthanasié de petites bêtes et effectué des points de suture sur des animaux, dont des félins. Certaines employées auraient même castré un ours. Le propriétaire Daniel Gagnon aurait aussi fait des actes médicaux, dont l’amputation de renards en 2017 et en 2019, prétendent les ex-employées.


Une vétérinaire, Dre Christine Fortin, se rendrait parfois au zoo, pour des urgences. Elle a d’ailleurs été blâmée en janvier dernier par son ordre professionnel pour avoir notamment permis à une personne non membre de l’Ordre de procéder à un traitement d’ostéopathie sur un tigre de Sibérie, alors qu’il s’agit d’actes exclusifs à l’exercice de la profession.


« J’ai assisté à des opérations sur des tables de bois non stérilisées par la vétérinaire. Et il n’y avait pas de radiographie avant pour vérifier ce que l’animal avait », rapporte une ancienne employée.


Cette dernière fait référence à un cas particulier, celui d’un léopard d’Afrique, Nessy. L’animal aurait été blessé une première fois très jeune par un lémure qui s’était accidentellement enfui de son enclos. C’est une jeune employée, supervisée par le propriétaire, qui aurait cousu la patte du léopard. Quelque temps plus tard, au début de l’année 2019, le même léopard présentait des problèmes de constipation. La vétérinaire aurait été appelée sur place et aurait opéré le léopard d’Afrique, gelé, mais pas endormi. Lorsque l’effet des drogues s’est estompé, le léopard aurait eu des convulsions, alors que la vétérinaire avait déjà quitté les lieux. Une employée sans formation a alors dû prendre soin de l’animal, qui était devenu à ce moment paralysé du bassin. Le léopard a été tué par balle six semaines plus tard, selon le récit.


Un léopard de l’Amour, une espèce en voie d’extinction critique, serait aussi mort à la suite d’un incident qui n’aurait pas été traité à temps, selon les dires de certaines employées.

« Il s’était battu avec un autre animal parce que leur cage était côte à côte. Il a perdu une griffe et on avait remarqué que sa patte enflait dans les jours suivants. Mais le temps que Daniel a pris avant d’appeler un vétérinaire a empiré la situation. La patte a été amputée, mais le léopard est mort quelques jours après. On parle d’un léopard de l’amour, de Sibérie. Il en reste seulement quelques dizaines dans le monde. »


Une tigresse de moins d’un an aurait aussi été mise en retrait « trop longtemps », ce qui aurait eu pour conséquence d’atrophier son bassin. « Le propriétaire l’a donc vendue pour la peau », affirme une ex-employée.


Plusieurs animaux avec des blessures mineures, dont des plaies ou des pattes cassées, ne seraient pas soignés immédiatement. Ils seraient remis dans leur enclos, « laissant la nature » faire son travail. « C’est ce qu’il nous disait souvent pour qu’on arrête de poser des questions », pointe une des anciennes employées.


Au printemps dernier, un zèbre serait mort après avoir pris la fuite de son enclos, mal fermé. Des autruches et des antilopes se seraient aussi enfuies. Les animaux auraient même passé près d’enfants présents pour une visite. L’affaire n’a pas été ébruitée.

Pouponnière « cimetière »

Un bébé tigre au Zoo de Falardeau

Les bébés présentés à la pouponnière du zoo font le bonheur des visiteurs. C’est l’attrait numéro un du site. « J’appelais la pouponnière le cimetière », lance sans détour une des filles rencontrées.


« Souvent, on arrivait le matin et des animaux étaient morts. Ils vivent du stress. Ça ne paraît peut-être pas pour les visiteurs, mais c’est difficile pour eux d’être touchés et approchés par les humains. Certains jours, il y avait 2000 visiteurs. »


« On était en quelque sorte des monstres, nous aussi. On disait aux visiteurs que les animaux étaient plus confortables avec les humains. Mais on mentait. Ce n’est pas vrai. »


« Souvent, les bébés pouvaient mourir à cause du stress causé par cet inconfort. Les gens trouvent ça drôle un bébé alpaga de quelques jours qui tète les doigts de visiteurs. Mais quand c’est nous qui le retrouvons mort dans la pouponnière le lendemain, ça devient moins drôle. »


Presque tous les bébés étaient retirés de leurs parents pour des questions purement commerciales, affirment les anciennes employées.


« Oui, certains animaux peuvent manger leur petit, donc il faut les retirer. Mais on n’offrait pas de conditions pour assurer une bonne cohabitation familiale. Un bébé qui va dans le public toute une journée et retourne à la mère, ça cause du stress aux animaux. »


« Un jour, ça prenait absolument un bébé pour que les gens touchent à un animal. Daniel m’a demandé d’aller chercher un bébé kangourou directement dans la poche de la mère. Ça m’a marqué. C’était exagéré. »


« Les animaux peuvent aussi agir de manière imprévisible avec le public, ont constaté les jeunes femmes, qui disent avoir sonné des alarmes sur certaines bêtes. Les nombreuses cicatrices de ces personnes prouvent le danger de manipuler certains animaux, dont les grands félins. »

« On est capables de rendre l’animal à un certain point, mais c’est impossible d’apprivoiser complètement un félin. Même s’ils sont gentils et dociles, ils peuvent toujours disjoncter et très mal réagir. »


Les propriétaires ne semblaient pas prendre au sérieux les inquiétudes des employées qui faisaient le travail d’entretien, les visites guidées et l’élevage des animaux. Selon leurs estimations, elles étaient environ une dizaine d’employées en été.


« Le lynx qu’on faisait flatter au public était devenu impatient. Le matin, je me disais que ce n’était pas une bonne idée de le présenter. J’avais proposé de le faire une fois en matinée et une fois en après-midi. Mais ils (les propriétaires) n’ont pas voulu. Cette journée-là, le lynx a mordu un client », prétend une ex-employée.

Appelées à mentir

Les employées devaient aussi mentir lorsque les clients prenaient des nouvelles sur les animaux du zoo. « On ne pouvait jamais dire qu’ils étaient morts. On disait qu’ils avaient été vendus à un autre zoo ou centre », prétend une des anciennes employées.



Les histoires des animaux seraient aussi romancées, comme celle de Star, l’orignal orphelin qui a été pris en charge par le centre de Falardeau. Un accident de la route aurait provoqué sa naissance, lorsque sa mère a été heurtée par une voiture, à L’Anse-Saint-Jean, en 2014. L’événement avait fait les manchettes. « L’orignal est arrivé au centre, mais est mort quelques jours plus tard. Il y avait un autre original sur le site du même âge environ. On disait aux clients que c’était Star », raconte une des anciennes travailleuses du zoo.


Le propriétaire nie tout

Questionné sur les animaux morts gelés, sur le manque de soins et sur les interventions médicales ou chirurgicales qu’il aurait lui-même effectuées, Daniel Gagnon, le fondateur du zoo, dément tout. Selon ses dires, aucune cruauté animale n'aurait eu lieu dans le zoo, et il ne s'agirait que d'un coup monté afin de fermer le zoo.


« Ce sont des allégations fausses, faites par d'ex-employés frustrés qui font ça dans un but de vengeance », a brièvement déclaré Me Dominic Bouchard. « On s'efforcera à démontrer le contraire, que le zoo est une entreprise qui prend soin des animaux, qui offre un produit de qualité, apprécié des familles. »


Le début d'une enquête

Depuis la parution de la nouvelle dans le journal Le Quotidien, la Sûreté du Québec a ouvert une enquête sur de présumés cas de cruauté animale au zoo de Falardeau.


La mairesse de Falardeau, Catherine Morissette, s'est montrée surprise par la nouvelle. « Je suis estomaquée. C'est dramatique. Personne n'a vu venir ça », a-t-elle confirmé.


Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, admet que les faits signalés sont « extrêmement troublants » et ne peuvent être tolérés s'ils sont véridiques. Comme la mairesse de Saint-David-de-Falardeau, il croit que la garde d'animaux en captivité doit se faire dans le respect du bien-être des animaux et de la sécurité du public.


Le zoo a ouvert ses portes comme prévu à 10 h, mercredi, malgré les allégations de cruauté animale.


(Sources : Le Quotidien et Le Journal de Montréal)





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© 2020 par Magazine Passion animaux

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