Ce que les animaleries n’ont pas compris

Mis à jour : juin 29


Écrit par : Mel-Lyna Cadieux


Depuis le début de l’année, il est interdit pour les animaleries de Montréal de remettre à un nouveau gardien un chien, un chat ou un lapin autrement que si celui-ci provient d’un refuge ou d’une clinique vétérinaire. Or, cela n’a pas empêché certaines animaleries de défier le règlement de l’administration Plante, et de continuer à vendre des animaux venant d’élevages.


« Pas d’animaux dans les refuges » ?

« Le problème, c’est qu’il n’y en a pas [d’animaux de refuges] », a affirmé l’avocat Yves Pepin, qui représente ces commerçants dans leur poursuite contre la Ville.


Monsieur Pepin semble-t-il avoir oublié que chaque année, pas moins de 500 000 animaux sont abandonnés et se retrouvent dans les refuges ? Dire qu’il n’y a pas d’animaux dans les refuges, c’est fermer volontairement ses yeux sur une réalité très grave dans notre société, soit qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour responsabiliser les propriétaires d’animaux, et que beaucoup d’animaux dans le besoin se retrouvent dans les refuges et attendent désespérément une famille.


Malheureusement, les animaleries sont une partie de ce problème, puisqu’elles encouragent indirectement et bien souvent involontairement l’adoption d’un animal sur un coup de tête, en plus de s’approvisionner chez des éleveurs parfois douteux.


Qu’arrivera-t-il à ce joli petit chiot qui a été acheté sur un coup de tête lorsqu’il deviendra adolescent et commencera à être désobéissant, ou lorsque ce mignon petit chaton développera des problèmes de santé qui couteront très cher ? Je pense que vous connaissez la suite, et c’est exactement cela que nous voulons éviter.


L’adoption d’un animal est une décision qui se doit d’être réfléchie et qui ne doit pas être prise à la légère. C’est un engagement de 10, 15 et parfois même 20 ans, et nous devons être certains d’être en mesure de pouvoir subvenir au besoin de l’animal et lui offrir des conditions de vie optimales durant toutes ces années. Malheureusement, même avec les meilleures intentions du monde, les animaleries font la promotion de l’adoption non responsable, puisqu’il est si facile d’acheter un animal sans comprendre l’engagement dans ces lieux.


Des risques inévitables

Face à la nouvelle réglementation, plusieurs individus n’ont pas hésité à s’opposer, avec comme argument les risques liés à cette nouvelle pratique.


Selon Germain Belzile, chercheur associé senior de l’Institut économique de Montréal (IEDM), celle-ci encouragerait les futurs adoptants à se diriger vers la vente en ligne où les éleveurs et particuliers sont libres de contraintes et qui ne sont pas inspectés régulièrement.


« Les refuges, qui accueillent des animaux abandonnés, n’ont pas assez d’animaux pour répondre à la demande ou à tout le moins aux besoins des consommateurs, ce qui pourrait menacer la survie de plusieurs animaleries » explique M.Belzile. Encore une fois, il est dommage de voir que si peu de personnes dans le dossier ne connaissent réellement la situation des refuges du Québec, et que leur préoccupation principale reste le profit.


Des chatons et des chiots, il y en a à la tonne dans les refuges, et affirmer que les animaux disponibles ne sauront répondre à la demande, c’est considérer l’animal comme un simple produit de consommation sans aucune valeur s’il n’est pas « neuf », et continuer de propager ce préjugé négatif aux adoptants potentiels. Ces animaux ont besoin d’une famille, et prioriser les profits des animaleries plutôt que le bien-être des animaux dans le besoin, c’est une façon de voir les choses qui est bien inquiétante.


Peu importe la situation, des risques seront toujours bien présents, et malgré le fait que la vente d’animaux par le biais de petites annonces est un concept encore existant, promouvoir l’adoption d’animaux venant de refuge serait déjà un premier pas dans la bonne direction.



Au-delà des conditions de garde

Plusieurs animaleries contestant le nouveau règlement s’empressent de dire que ce ne sont pas tous les commerçants qui font vivre leurs animaux dans des conditions insalubres, et cela est bel et bien vrai. Toutefois, avoir comme seule justification la salubrité des lieux fait de l’ombre sur les autres problématiques, dont les usines à chiots et l’achat impulsif d’animaux qui finiront éventuellement dans un refuge, avec des centaines de milliers d’animaux connaissant le même sort.


Des stéréotypes toujours présents

Il est faux de penser que tous les animaux de refuges ont des problèmes et sont différents des animaux d’élevages qui, eux, semblent parfaits. Penser cela prouve une incompréhension totale du processus d’adoption et de l’objectif de celui-ci, qui est de placer l’animal dans un foyer correspondant à ses besoins. Car non, bien contrairement à ce que certains pensent, tous les animaux ont des restrictions qui devraient être respectées concernant leur future maison.


À la base, je prévoyais vous présenter un exemple pour mieux comprendre les restrictions, mais puisque j’ai jugé que ce sujet méritait son propre article, je vous invite à le consulter en cliquant ici.


Dans tous les cas, l’éducation et la prévention sont cruellement nécessaires pour prévenir les abandons et s’assurer que les adoptants comprennent leur nouvel engagement, et sans l’arrivée d’un nouveau règlement comme celui de Montréal, un tel changement ne sera pas près d’arriver.


Il est extrêmement facile de tomber sous le charme immédiat d’un chiot et « d’acheter » impulsivement l’animal, mais est-ce réellement ce que nous voulons ? Ou bien, serait-il temps de cesser de prioriser les profits, et de plus tôt mettre de l’avant le bien-être et le futur de l’animal ?


La surpopulation : Un problème de taille

La surpopulation féline au Québec est alarmante, et des centaines de milliers de chats connaissent la mort chaque année, car ceux-ci n’ont pas trouvé de famille à temps. Pourtant, même face à cette situation, les animaleries désirent continuer de prendre des chatons chez des éleveurs, pendant que des centaines de chats du même âge feront face à un destin bien moins charmant. Sans parler du destin de ces mêmes chats, qui risqueront à leur tour de se retrouver un jour dans un refuge, puisqu’ils seront le fruit d’une adoption coup de tête et que les propriétaires se rendront bien rapidement à l’évidence qu’un animal, c’est tout un engagement.

Des centaines de chatons sont admis dans les refuges chaque année.

Il est temps d’agir, et promouvoir l’adoption responsable en plus d’offrir plus de visibilité aux animaux dans le besoin est plus qu’une bonne idée, c’est une mesure justifiée et nécessaire pour mettre un stop au fléau des usines à chiots et de faire notre part pour le bien-être des animaux.


La SPCA de Montréal prête à collaborer

De plus, même si elle ne désirait pas collaborer avec les animaleries au départ, la SPCA de Montréal reste bel et bien ouverte à la collaboration avec les commerçants de la ville. « On est ouvert, à condition que les animaleries respectent nos mêmes critères. On veut être sûr que chaque animal tombe dans la bonne famille », souligne Élise Desaulniers, directrice de la SPCA de Montréal.


La future famille d’un animal sera donc choisie soigneusement en fonction du profil de celui-ci, pour mettre toutes les chances de son côté et éviter que celui-ci ne finisse dans un environnement qui ne lui convient pas. De cette façon, les adoptants potentiels seront sensibilisés aux responsabilités venant avec l’adoption d’un animal de compagnie, en plus de s’assurer de repartir avec un animal qui leur convient et qui sera heureux dans son nouveau milieu de vie.


L’urgence d’agir

Ce que je demande aux animaleries aujourd’hui, c’est de prendre en considération tout le potentiel de ce nouveau règlement et d’être ouvert à accueillir celui-ci et travailler tous ensemble pour notre intérêt commun : le bien-être animal.


Lorsque nous travaillons dans le domaine animalier, nous voulons offrir le meilleur à nos petits protégés, et nous sommes à un point où il est plus important que jamais de s’unir et de mettre en place les bons protocoles pour responsabiliser les adoptants et amener le Québec sur le droit chemin. Nous n’avons plus d’excuse pour rester aveugles face à la réalité des animaux dans notre province, et de plus en plus de solutions font leur apparition. Pour régler la situation, des décisions doivent être prises, maintenant.


Les usines à chiots, la surpopulation féline et les milliers d’abandons ne sont que trois problèmes parmi plusieurs autres, mais en acceptant d’œuvrer pour le bien commun des animaux et de faire notre part, le plus gros du travail sera déjà fait.

© 2020 par Magazine Passion animaux

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